Rencontre avec les esprits « gardiens » des lieux

Chaque habitation en possède un, chaque immeuble ou maison, mais aussi chaque bureau ou lieu de passage, les gardiens des lieux, honorés dans de nombreuses traditions, existeraient aussi chez nous. Rencontre avec ce drôle de petit monde, bien connu des traditions ancestrales, villageoises et chamaniques, toujours présent à notre époque.

 

Nous ne leur avons pas été présentés, et pourtant, dans nos habitats et nos lieux sacrés, que ce soit en ville, à la campagne ou sur des points de forte intensité cosmo-tellurique, résident à la fois de drôles d’habitants et de puissants « gardiens ». Protecteurs, saints, gnomes, fées et parfois même animaux-gardiens, ils jouent un rôle inestimable. Toutes ces créatures de l’invisible, les esprits « gardiens » des lieux, nous manifestent leur présence, souvent sans succès, dans l’unique but de nous offrir leur protection. Rencontre avec ce drôle de monde, bien connu des traditions spirituelles, ancestrales, villageoises et chamaniques, toujours présent à notre époque, y compris dans notre cité urbaine. Une invitation à refaire alliance !

Les gardiens des lieux sacrés

« On retrouve la notion de “Gardien des lieux”, notamment en géobiologie sacrée ». Dans la basilique Saint-Sernin de Toulouse, par exemple, on peut lire à l’entrée de la crypte, une inscription du XVIe siècle : « Hic sunt vigiles qui custodiunt civitatem » (ici sont les gardiens qui veillent sur la cité). « Il y a quelqu’un dans l’invisible qui veille sur le lieu », ajoute notre expert, à qui il est arrivé de ressentir ces présences subtiles qui influent parfois sur la détection énergétique lors d’une étude.

 

Selon lui, il peut s’agir d’un saint, d’un moine, ou encore d’un templier… « Nous sommes sur le plan de l’astral, c’est une présence qui défend la lumière, à ne pas confondre avec des entités d’anciens habitants d’une maison ou la mémoire des murs, le plan de l’invisible est complexe, et infiniment hiérarchisé ». Le Gardien fait office de gardien de phare ; il protège la mémoire de la connaissance, la dimension spirituelle des chapelles, des monastères et autres lieux sacrés. « Sa présence inspire le respect et l’humilité », partage notre spécialiste, à demi-mot, comme un secret entre initiés.

Les esprits « gardiens » du foyer

Dans une vieille chaumière en bois au toit rouge et aux fenêtres bleues… se trouve un drôle d’habitant en plus de la famille : Aitvaras. Sa présence sous ce toit est synonyme de richesses. « Depuis la nuit des temps, l’histoire des esprits de la maison, ces gardiens du foyer, va de pair avec celle de l’homme ». Le foyer, nous y voilà ! « Tout commence avec le feu, ajoute ce dernier, ce cadeau des dieux qui nous distingue de l’animal. » Pour protéger ce bien précieux, garant de notre survie, les hommes ont construit des maisons, et une cheminée autour de laquelle on se rassemble, pour se réchauffer, conter des histoires… Là où résident les esprits du lieu. « À l’origine, ces esprits liés au feu sont devenus les gardiens du lieu », précise le spécialiste. Ils vivent le plus souvent dans de vieilles fermes, des bâtisses anciennes chargées d’histoire, et sont reliés aux traditions, à l’esprit familial. Leurs noms diffèrent selon les régions : farfadets, brownies d’Écosse, mamurs basques, uguns māte de Lettonie, et bien d’autres encore. Aujourd’hui encore, dans certaines contrées reculées, on leur fait des offrandes : des morceaux de repas. « Pour placer la famille sous la protection du Aitvaras, par exemple, il suffit de le nourrir de rôti accompagné de pain, de bière ou d'une omelette lithuanienne », recommande avec grand sérieux Richard Ely. Dans certaines traditions, on dépose simplement un verre de lait sur la cheminée. Par définition, les esprits « gardiens » nous protègent, ils défendent leur territoire, et notre maison, des esprits mauvais. Ceux qui vivent dans les haies qui délimitent notre jardin en gardent farouchement l’accès. Certains sont farceurs comme les gnomes, qui manifestent leur présence par des blagues, en changeant les objets de place.

 

Si vous êtes attentifs, vous pouvez les entendre dans le grincement d’une latte de parquet, le bois d’une poutre, ou le vent dans un rideau… Pensez à converser avec eux ou à leur préparer un cadeau pour qu’ils vous octroient leurs bonnes grâces.

 

Depuis la nuit des temps, l’histoire des esprits de la maison, ces gardiens du foyer, va de pair avec celle de l’homme.

Le petit peuple des élémentaux

Dans les traditions ancestrales chamaniques, où la notion d’interreliance est au cœur de la philosophie, les esprits gardiens des lieux peuvent être des élémentaux, c’est-à-dire des esprits de l’eau, de l’air, du feu, de la terre, ou encore des esprits des plantes ou des animaux. « Quand je pars, je m’adresse à eux pour surveiller la maison, située au cœur de la nature sauvage au Québec, et je n’ai jamais eu de vols ; ils éloignent les indésirables », nous partage Loumitea, et femme médecine algonquine et wendat. Dans une culture où chaque règne occupe une place à part entière dans cet équilibre écologique sans cesse menacé, les esprits des lieux ne tardent pas à signaler leur présence aux nouveaux arrivants. « Une fougère qui bouge dans le jardin, alors qu’il n’y a pas de vent, c’est un gardien qui te salue, comme le font les elfes, ou les nains », une lueur d’amusement dans les yeux. L’été dernier, alors qu’elle préparait un stage, un ours s’est présenté ; tous les matins, il déposait ses excréments sur le chemin qui séparait l’habitation de la yourte de pratiques. Son message : « Je suis chez moi ! »

 

Dans certaines contrées sauvages, il arrive que l’esprit qui garde le lieu soit l’animal lui-même. Un panier quotidien de framboises déposé à cet endroit a mis fin à ces désagréments. Pour honorer les esprits gardiens, il faut commencer par faire connaissance, par une offrande. « C’est un cadeau, qu’on leur offre avec l’intention de les honorer, pour leur faire plaisir », explique notre spécialiste. Tous les matins, la femme médecine leur offre du « foin d’odeur » ! Traditionnellement, le tabac est d’usage, la plante sacrée par excellence. Comment savoir quoi leur offrir ? « Quand on arrive dans un endroit, on ressent l’esprit des lieux, et il va nous signifier ce qu’il veut ». Certaines personnes font des voyages chamaniques pour les rencontrer et leur poser la question. Plus simplement, vous pouvez vous connecter et sentir ce qu’ils aimeraient. Dans son jardin, a prévu d’aménager un petit banc pour un esprit du petit peuple, un nain. « Quand je sens qu’ils m’entourent avec une espèce de tendresse, c’est le signe que c’est une bonne chose pour eux. » Chaque esprit va avoir sa façon spécifique d’être honoré. Ils ont besoin d’attention, il faut s’en occuper, pour qu’ils continuent à veiller sur le lieu.

 

Vieilles fermes, chaumières en pleine campagne, bâtisses anciennes, mais qu’en est-il des habitats en milieu urbain le plus souvent déserté par le petit peuple ou autre élémentaux de la cosmogonie chamanique ? « Chaque lieu vibre une énergie spécifique, y compris les constructions récentes ». Version contemporaine et citadine, l’esprit gardien est une énergie bienveillante, qui dispense ses ondes positives dans la maison. Leur fonction est identique à celle des esprits que les grands-mères appelaient dans l’ancien temps pour prévenir les vols, ou pour empêcher que la foudre ne tombe sur la maison. Que l’on vive au rez-de-chaussée ou au cinquième étage d’un immeuble, un rituel d’accueil va garantir une bonne entente. Les cheminées ayant le plus souvent disparu, le foyer s’est déplacé dans la cuisine, là où continue à brûler le feu. « Faites-lui un gâteau ! ». Remplir la maison de bonnes odeurs est un rite qu’elle préconise. D’autant plus qu’avec la perte de la pratique des rituels, héritage de notre société rationnelle, depuis de nombreuses années, les esprits gardiens se sont comme « endormis ». Les « rappeler », les « réveiller » est possible par des offrandes, des fleurs, des bougies… Le plus simple dès notre arrivée dans un lieu est d’organiser pour eux une pendaison de crémaillère, cette tige à crans à laquelle était accrochée la marmite au-dessus du feu. Un ancien rituel d’emménagement festif où les amis étaient invités à festoyer autour du feu pour la plus grande joie des esprits gardiens du lieu, qui résidaient dans l’âtre.